Double Urbana – Cruz y ficciones (1998/2001) (Urbana 17)

Pour double orchestre, avec deux chefs.
Durée : 14 minutes.

Cette œuvre porte maintenant le sous-titre cruz y ficciones (croix et fictions), en résonance avec le travail de Abel Robino dont un extrait de l’installation Robbery a été la tête d’affiche.

Aux différents niveaux d’écriture orchestrale, je veux imposer pour ce travail un nouveau mouvement qui, bien qu’implicite dans la facture pour l’orchestre traditionnel, n’a jamais été développé comme une partie prépondérante et essentielle de l’écriture de la part des compositeurs lors de la création des Ier et IIe mouvements.

Partant de la simple idée d’un contre-chant ou d’un contrepoint traditionnel, comme peuvent l’être les contrepoints beethovéniens, il m’est apparu que l’extension de ce champ du langage musical à un double orchestre rend aisé, sinon facile, un des fantasmes que tout compositeur d’aujourd’hui garde secrètement : la superposition de tempi différents, le dialogue et la dramaturgie entre une partie explicite et sa face cachée, la simultanéité de l’énoncé tangible et de son point de vue secret, inavoué.

L’approche de l’écriture dans ces différentes facettes tient compte de l’instrument avec lequel nous nous proposons de travailler : l’orchestre.

L’autre expérience qui me pousse à adopter l’idée de double est l’appropriation d’un espace musical nouveau. Voilà le point essentiel de la démarche (son originalité réside surtout dans la proposition d’un espace musical nouveau, aussi bien pour le cadre du langage que pour celui propre au concert).

Cruz y Ficciones a eu différentes étapes dans sa réalisation.

La possibilité est offerte au public d’avoir un regard sur la progression et l’évolution de l’œuvre. Cette démarche, que nous avons assumée d’un commun accord avec Henri-Claude Fantapié (chef du Jeune Philharmonie de Seine-Saint-Denis), est inhabituelle autant qu’elle peut être riche en découvertes. Cette idée de « Work in progress » nous a permis d’accéder à toute la fragilité de la création, au constant aller et retour que le compositeur s’impose dans son évolution, mois après mois, patiemment, en solitaire. Cette « contrainte » a fait partie du projet au point d’étendre le partage de la facture aux jeunes musiciens qui la font naître.

En général, une œuvre est terminée et livrée à l’écoute. Pour Urbana 17, l’écoute partielle de la part du public a aussi été la mienne, et bien que la totalité de l’œuvre ait déjà conçue pour une grande part, elle est restée assujettie à des variations et changements liés à l’expérience de « œuvre en devenir ». En fin de compte, le regard du public sur l’œuvre (définitive) sera univoque. Le mien sera lacunaire et dispersé, comme s’il s’agissait de retrouver dans les méandres de ma propre personnalité la diversité qui m’est propre. Or, cette diversité est présente, puisque nous livrons dans un premier temps deux de ces états, comme deux photos d’un personnage prises à quelques années d’intervalle.

Cruz y Ficciones est donc une étape, le projet définitif prendra corps dans une réalisation qui mettra en relation l’orchestre (déjà double) avec l’électronique et comportera plusieurs autres mouvements et interludes.

L’œuvre changera à chaque approche et son évolution, c’est là mon souhait le plus cher, fera d’elle un objet de découverte renouvelée.


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