Más allá del rojo (Au delà du rouge) (1991) (Urbana 9)

Pour flûte, clarinette, violon, violoncelle et piano.

Commande de l’ensemble Musiques Obliques.
Durée : 13 minutes
Créée dans l’Auditorium du musée Grévin le 11 juin 1991.

Cette œuvre est la plus ancienne du cycle. J’ai décidé, à posteriori, de l’inclure car elle est fondatrice d’une nouvelle manière de penser l’espace sonore, mais aussi et plus profondément encore parce qu’elle a été l’une des interrogations les plus importantes dans ma manière de concevoir -je dirais même d’imaginer- l’adéquation de la poétique des matériaux musicaux mis en jeu et l’idée -parfois extra musicale- qui en constituait la motivation de composition.

L’inclusion de Au-delà du rouge dans le cycle Urbana pose un jalon d’ordre organologique dans la relation évidente qu’elle présente avec les autres pièces de musique de chambre du cycle. Le fait même de commencer par une sorte de classique du XXe siècle était -je le vois maintenant avec le recul- une belle façon de le quitter. Une écriture faisant appel au quintette « Pierrot Lunaire » (c’est ainsi que les compositeurs désignent la plupart du temps ce type de quintette) me proposait tous les challenges et l’étude d’un vaste répertoire dont je citerai, outre l’œuvre de Schönberg, « Treize couleurs du soleil couchant » de Tristan Murail (œuvre à laquelle j’ai été associé pour l’interprétation dans les années 80, en collaboration avec l’Ensemble L’Itinéraire), et bien sûr « Talea » de Gérard Grisey1.

Dans cette première esquisse du travail sur l’espace, j’abordais la notion de trajectoire et de limite comme une composante essentielle de l’écriture, ce qui m’a conduit naturellement, et après quelques années de mûrissement, à comprendre le sens profond de cette démarche qui aura comme corollaire et comme aboutissement la naissance même du cycle.

Deux thèmes principaux se dégagent du titre de cette pièce : d’une part le rouge, dans toutes ses acceptions, et d’autre part le travail sur la notion de dépassement d’une limite, d’une borne.

Pour résumer, je dirais qu’en deçà du rouge, si nous adoptons le point de vue depuis les vibrations les plus élevées (celles de la lumière), nous nous trouvons dans le domaine des couleurs et que, au-delà des vibrations qui provoquent cette couleur, nous sommes dans un autre type de manifestation de l’énergie : la chaleur.

Mais l’idée même de « rouge » nous suggère d’autres états qui sont autant de moteurs compositionnels : la mobilité, la violence, la passion, le lyrisme et la poésie, l’émotion et la vivacité, les limites et ses dépassements.

Ce quintette est articulé en trois mouvements reliés par le matériau musical qui y est énoncé et différemment développé.

Les principes d’opposition et complémentarité sont les axes sur lesquels je me suis basé pour constituer une matière sonore univoque. Ces principes sont présents tout au long de la pièce. Les différentes étapes émotionnelles de transgression des limites sont exprimées de plusieurs façons : par exemple, le principe de contraste qui régit la construction du premier mouvement, s’érigeant dès la première mesure comme une entrée directe en matière, est « étiré » dans le second mouvement (comme si l’on avait ramolli la zone de friction jusqu’à la rendre rugueuse et colorée). Son aboutissement ne se fait que par explosions successives sur la matière complexe du piano au début du troisième mouvement.

La notion de « bascule » (de limite dépassée) et d’émergence d’un monde différent dans la résonance du précédent (limite estompée par la transition) sont les principes qui régissent le mouvement final. La construction de cette pièce n’a pas été guidée par un système ou par une esthétique particulière mais, comme le titre le laisse entrevoir, par l’articulation dramatique dans l’ordre des idées purement musicales.


Au delà du rouge I

Au delà du rouge II

Au delà du rouge III


Au delà du rouge

Ensemble TM+
Chapelle Auguste Perret Arcueil, Concert Public 1993.
Gilles Burgos, flûte, Philippe Berrod, clarinette, Patrick Févai, violon, David Simpson, violoncelle et Gérard Frémy, piano.
Laurent Cuniot, Direction

[ Cycle Urbana ]
[ Musique de Chambre ]